Free mobile : histoire de la faillite des médias français

Publié le par Niodayoda

 

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L’évènement créé par Xavier Niel lors du lancement de Free mobile n’est sans doute rien comparé à la liesse qui va se propager sur Twitter lorsque la publication de ce billet après une gestation de 10 mois éblouira les yeux embrumés des twittos matinaux, mais c’était tout de même ce que l’on nomme couramment aujourd’hui un « raz-de-marée médiatique ».


Ce n’est pas l’objet de mon billet mais je rappelle juste ici quelques chiffres :


-    Le jour de la conférence de présentation, 3 articles sur le sujet totalisent le tiers de l’audience du site du Monde

-    A la télévision, les sujets sur Free mobile ont fleuri comme les promesses en périodes électorales
-    …


L’objet de mon billet, c’est tout simplement un coup de gueule contre la presse française qui s’extasie aujourd’hui devant les prix « canons » de l’offre de Free mobile, sans avoir beaucoup par le passé relayé l’amende record qu’ont du payer les 3 opérateurs historiques pour s’être entendus sur les prix des forfaits : 534 millions d’euros !


Il y aurait pourtant eu des choses à écrire, la décision du Conseil de la Concurrence étant assez édifiante.

 

Morceaux choisis :


« Les opérateurs mobiles ont échangé entre eux, de 1997 à 2003, tous les mois, des chiffres précis et confidentiels concernant les nouveaux abonnements qu'ils avaient vendus durant le mois écoulé, ainsi que le nombre de clients ayant résilié leur abonnement. »

 

« A partir de 2000, période qui coïncide avec la fin de la course à la part de marché, l'accent mis par les trois opérateurs, de manière concordante, sur la rentabilisation de la base de clientèle acquise, a notamment entraîné un relèvement des prix et l'adoption de mesures telles que la priorité donnée aux forfaits avec engagements contre les cartes prépayées ou l'instauration des paliers de 30 secondes après une première minute indivisible. »


« Ces mesures, défavorables au consommateur, présentaient le risque de provoquer une baisse des ventes (et donc des parts de marché) de l'opérateur qui se serait aventuré à les mettre en œuvre unilatéralement. L'intérêt de la concertation était donc de faciliter la mise en place de cette stratégie, en permettant aux trois opérateurs de s'assurer qu'ils poursuivaient simultanément la même politique et que leurs parts de marché relatives resteraient par conséquent stables. »


A noter qu’insatisfaits de cette amende – qu’ils avaient pourtant bien mérités, et qu’ils avaient assurément les moyens de payer au vu des tarifs qu’ils pratiquaient – le cartel des opérateurs téléphoniques s'est ensuite pourvus en cassation. La Cour de cassation a confirmé une grande partie de l’amende (celle fondée sur l’entente sur les prix) mais renvoyé à la Cour d’appel de Paris le soin de rejuger l’amende concernant les échanges d’informations sur les nouveaux abonnements et les résiliations. Celle-ci a décidé en 2009 d’une amende de 92 millions d’euros.

 
Il y avait donc quelques indices ici semblant indiquer que les opérateurs de téléphonie mobile dégageaient de belles marges parfaitement injustifiées.


On aurait pu penser que ces indices auraient conduits les journalistes qui aujourd’hui s’émerveillent de l’arrivée de Free mobile à creuser un peu et à recouper cette information avec d’autres assez troublantes.


Que nenni mon ami !


Pourtant là encore, une petite balade en Autriche aurait permis à ceux-ci de constater que, quand Orange France proposait pour 15€ par mois un forfait d’1h bloqué, Orange en Autriche offrait (par comparaison avec la France) à ce prix là 1000 minutes de communications et 1000 sms !!


Impossible aujourd’hui de retrouver trace de ces prix à cette époque, mais je vous laisse juger des tarifs actuels en Autriche : 15€ par mois = 3000 minutes de communications (je vous aide, ça fait 50 heures !), 1000 sms et 3 Gb de données !!

Je ne voulais pas faire trop long pour ce billet, je vais donc abréger :


Nos voisins et amis belges, dont nous aimons tant nous moquer, ont des journalistes et des internautes qui savent, eux, manier l’art de la comparaison !!

 

En conclusion, avant de lancer une pétition sur tous les réseaux sociaux afin de libérer nos amis belges des griffes de leurs opérateurs téléphoniques, je pose quelques questions qui fâchent :


1/ Pourquoi les médias français ont-ils été aussi silencieux sur cette question ?


2/ Quel rôle l’ARCEP (pour Autorité de régulation des communications électroniques et postales) a-t-elle joué dans cette histoire ?


Les Belges attendront bien encore quelques minutes qu’on les sauve, je veux proposer quelques éléments de réponse avant :


1/ Toujours pour la même raison, le besoin de fric !! Comme la presse est relativement clémente sur le nucléaire qui placarde régulièrement les journaux d’annonces grassement rémunérées, les opérateurs téléphoniques sont assez friands d’espaces publicitaires sur tous les supports.


2/ Le rôle de régulateur de l'ARCEP : "réguler" la "concurrence"

...

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Publié dans Actualités

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