Sarkozy l'écolo

Publié le par Niodayoda

Oui, je sais, le titre de ce billet est surprenant n'est-ce pas ?

Et pourtant, si l'on navigue à l'occasion sur le site de l'Elysée, on y découvre en cherchant profondément la vraie pensée de notre Président, et attention, ça décoiffe !

Je n'oserais tenter d'interpréter la parole présidentielle sans risquer de la salir : je vous laisse donc pantois devant ce magnifique texte d'écologie politique (je me suis tout de même autoriser à graisser et souligner les passages les plus importants) :

 

"La France n'est pas en retard mais la France veut maintenant être en avance. Et c'est tout le changement, José Manuel, que nous voulons proposer aujourd'hui en France. Notre ambition n'est pas d'être aussi médiocre que les autres sur les objectifs, ce n'est pas d'être dans la moyenne. Notre ambition, c'est d'être en avance, d'être exemplaire. La France a plaidé à l'ONU en faveur d'un New Deal économique et écologique planétaire. La France ne peut pas espérer que son appel sera entendu si elle ne s'impose pas à elle-même l'exigence la plus forte. Comment devenir un exemple si on n'est pas capable de s'appliquer à soit les règles qu'on voudrait voir retenues par les autres ? C'est dans cet esprit que j'ai voulu ce Grenelle.

[…]

Il faut avoir le courage de décider autrement, de changer les méthodes, de préférer la décision issue de la négociation plutôt que la décision issue de l'administration. Reconnaissons que le dialogue à cinq (syndicats, entreprises, ONG, élus et administration), c'est un succès sans précédent.

Le Grenelle n'est pas une fin, c'est un commencement. Et nous allons confier aux cinq le suivi de ce qui a été décidé en commun. Nous allons constituer plusieurs groupes de travail, « logement », « transport » etc. Mais je vous propose que, pour tous les grands projets, tous, par exemple ceux soumis à enquête publique, la décision négociée à cinq se substitue à la décision administrative.

C'est un changement complet dans la logique de décision gouvernementale. C'est une révolution dans la méthode dont on mesurera les implications dans quelques années, et je vous propose de donner aux organisations non gouvernementales environnementales leur place dans nos institutions, et notamment au Conseil économique et social.

Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie.

Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur coût en carbone. Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé.

Deuxième principe, nous allons renverser la charge de la preuve. Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt, ce sera aux projets non écologiques de prouver qu'il n'était pas possible de faire autrement. Les décisions dites non écologiques devront être motivées et justifiées comme ultime et dernier recours.

C'est une révolution dans la méthode de gouvernance de notre pays totale et nous allons appliquer immédiatement ce principe à la politique des transports. Le Grenelle propose une rupture ; je propose de la faire mienne. La priorité ne sera plus au rattrapage routier mais au rattrapage des autres modes de transports.

[…]

Il faut donc avoir le courage de dire que la hausse des prix des hydrocarbures sera permanente. Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des cent mille substances chimiques commercialisées. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous n'avons pas toujours été exemplaires.

[…]

Ce qui me permet de revenir sur la question du principe de précaution : proposer sa suppression au motif qu'il briderait l'action repose, à mes yeux, sur une grande incompréhension. Le principe de précaution n'est pas un principe d'inaction, c'est un principe d'action. C'est un principe d'action et d'expertise pour réduire l'incertitude. Le principe de précaution n'est pas un principe d'interdiction. C'est un principe de vigilance et de transparence. Il doit donc être interprété comme un principe de responsabilité.

 

Après avoir relu ce grandiloquent discours, je me suis dit que l'auteur des lignes suivantes allait très certainement "avoir des problèmes" comme disent les excellents Omar et Fred dans le SAV :

 

"Enfin je voudrais terminer par cela : j'ai conscience que l'aspect tatillon de certains règlements administratifs vous insupporte. Parce que chez nous, ce n'est pas simplement qu'on a une administration, c'est qu'en plus elle fait son travail. Chez certains de nos voisins, que je ne citerai pas mais que j'aime beaucoup, on vote des lois, mais on ne les applique par toujours. Chez nous, ce n'est pas qu'on les applique, c'est qu'on en fait plus que ce que souvent le législateur a voulu.

Je prends l'exemple des règles environnementales, la question de l'eau, ou la protection de l'environnement. Naturellement qu'il faut protéger l'environnement. Ce paysage extraordinaire qui est le vôtre, vous n'accepteriez pas qu'on le bouleverse. Mais, là encore, tout est une question de mesure et nous allons prendre un certain nombre de décisions pour relâcher la pression. La préservation de l'environnement, ce n'est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit. Dorénavant n'importe quelle association qui veut empêcher un maire, un élu, une initiative, peut le faire. On ne se pose même plus la question du beau, ou du laid, on se pose la question du légal ou de l'illégal, et comme plus personne ne veut prendre ses responsabilités c'est la rétractation générale, on paralyse un territoire, on empêche tout le monde de prendre des initiatives. Il faut absolument lever le pied de ce point de vue."

 

Il y en a vraiment qui manque pas de culot n'est-ce pas d'oser contredire de façon aussi frontale le discours présidentiel ? Ce sont très certainement les paroles d'un candidat à l'élection présidentielle qui souhaite se faire remarquer non ?

Allez, fini le suspense. Le premier texte est extrait du discours de Nicolas Sarkozy à l'occasion de la restitution des conclusions du Grenelle de l'environnement le 25 octobre 2007, et le second date du 14 janvier 2012, à l'occasion des voeux au monde rural de Sarkozy Nicolas.

A cette occasion d'ailleurs il nous a offert un petit bonus que je me dois de partager avec vous : une nouvelle attaque contre les juges, administratifs cette fois-ci :

 

"Ce que je dis sur l'environnement, je le dis également pour la chasse. Là encore les chasseurs ne sont pas les ennemis, ce n'est pas les adversaires de l'environnement. Il y a des décisions récentes qui ont été prises par le Conseil d'État qui sont vécues par une partie de nos compatriotes comme vraiment un souci non pas de résoudre un problème, mais de les empêcher de profiter de ce que l'on pourrait appeler un petit bonheur. J'ai entendu ce message, je recevrai d'ailleurs les associations de chasseurs sur ce sujet-là. Mais je pense que, là encore, on devrait avoir moins de règles, des règles plus compréhensibles, plus lisibles, parfaitement respectées et pour le reste, laisser les gens tranquilles qui ont déjà bien des problèmes à surmonter dans leur vie quotidienne."

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Publié dans Ecologie-Environnement

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